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Le vannier, un métier aussi vieux que le monde - par Jean-Louis MOREL


De quelques brins d’osier et avec beaucoup d’imagination, il fait naître entre ses doigts des objets aussi variés qu’étonnants : paniers, corbeilles, fauteuils, couffins, nacelles de montgolfière ou ossature de géants.


Aussi vieux que le monde…

La vannerie est certainement l’un des plus vieux métiers du monde. On a retrouvé des objets tressés datant de l’âge de pierre. Les Egyptiens, mais aussi les Gaulois et les Celtes, maîtrisaient la vannerie. Au Moyen-Age, les vanniers sont très indépendants. C'est seulement au XVesiècle que naissent leurs corporations. En 1561, les vanniers sont répartis en classes : les mandeliers, les clôturiers et les faissiers. Au XVIIIesiècle, la durée de l’apprentissage passe de deux à quatre ans. Au début du XXesiècle des syndicats de vanniers se créent dans les hauts lieux de la vannerie : Origny-sur-Thiérache, Fayl-Billot, Tannai et dans les grandes villes.

Bien que la vannerie se soit développée dans toute la France, les grandes régions vannières ont été l’Aisne, les Ardennes, la Haute-Marne et, d’une manière relativement importante, le grand Est de la France.

L'oseraie

La matière première principale est l’osier, issu de la souche du saule. Il faut trois ans pour obtenir une oseraie ; celle-ci a une durée de vie d’une vingtaine d’années. Les premières boutures sont des morceaux de branches prélevés sur la souche du saule. Ensuite la récolte de l’année fournira les boutures de l’année suivante. Les boutures sont repiquées au printemps. L’osier se développe ensuite pendant tout l’été pour atteindre une taille qui va de un mètre à trois mètres et demi. La récolte s’effectue en hiver, à sève descendante.

Il existe plusieurs centaines de variétés de saules, et des dizaines d’osiers. Les couleurs peuvent varier du blond presque blanc au vert bleuté en passant par toute la gamme des orangés et des bruns.


De la récolte…

La récolte de l’osier était un travail très pénible. Muni d’une serpette, le vannier devait se courber pour couper la tige le plus près possible du sol. L’osier, ainsi coupé au début de l’hiver, est mis en botte. On le stocke les pieds dans l’eau. Au printemps, l’eau provoque un départ de sève qui va former une pellicule ; celle-ci facilitera l’écorçage.

L’osier brut est appelé osier vert (ou osier brun). Il peut être utilisé sans être écorcé, ce qui donnera au panier un aspect plus rustique et une teinte plus sombre. C’était souvent le cas pour les paniers d’extérieur (panier pour le jardin, à pommes de terre,…) ce qui avait l’avantage de rendre moins voyante la terre qui restait au fond.

Pour écorcer l’osier, le vannier utilisait un grattoir, double tige de fer dont les extrémités forment un V étroit. En tirant la tige dans celui-ci, l’écorce est déchiquetée. On obtient alors l’osier blanc utilisé couramment pour les produits d’intérieur.

Dans tous les cas, l’osier sera mis à sécher ; il ne sera humidifié de nouveau que la veille de son utilisation pour lui redonner la souplesse nécessaire.


… au panier

Le vannier travaille assis sur le sol d’une pièce sans chauffage dans une atmosphère humide. Parfois un coussin améliore son assise. Devant lui, il y a l’établi, la sellette, sorte de planche sur quatre pieds et à la surface inclinée. L’outillage est réduit : un poinçon pour écarter les brins tressés, un fendoir pour fendre les plus grosses tiges et obtenir des éclisses, une batte pour tasser les rangs d’osier, un couteau. Plus récemment le sécateur viendra compléter cette panoplie.

Le véritable outil du vannier sont ses mains. Agiles, précises, adroites, elles plieront les brins d’osier pour obtenir l’objet dont les formes et les volumes sont inscrits dans les mémoires. Efficacité et précision sont les maîtres mots de ce métier exigeant, car pour rester rentable, il faut produire beaucoup et vite.

Le vannier

Pendant des siècles, le vannier fut à la fois paysan et artisan. Il possédait quelques parcelles de terre, un potager, quelques animaux, ce qui lui permettait de s’assurer une certaine autonomie. Au terme d’une vie de travail, le vannier courageux a réussi à acquérir sa propre oseraie, qu’il transmettra en héritage à l'un de ses enfants. La surface moyenne de cette oseraie est d’un journal (environ un tiers d’hectare). L’entretien de cette oseraie et la récolte occupaient environ soixante jours de l’année du vannier. On pense généralement qu’à la fin du XIXe  siècle et au début du XXesiècle, la plupart des vanniers étaient propriétaires d’une oseraie. Le vannier est alors arrivé à cet état d’« aisance » qui lui donne une relative indépendance et lui permet de vivre correctement. Il devient indépendant du cours des matières premières, et peut même parfois tirer un petit profit de la revente de ses excédents d’osier. Pourtant, pendant longtemps, le vannier a fait partie des métiers modestes, comme le tourneur sur bois ou le tisseur de chanvre.

 

Gains des vanniers
pour une journée de travail

1850

2 F

1890

3 F

1910

4 F

1960

17 F (*)

1975

75 F (*)

(*) nouveaux francs

 

Mandeliers et faissiers

Autrefois, le vannier était un artisan spécialisé. Il fabriquait le même type d’objet toute sa vie. Au fil du temps, il maîtrisait de plus en plus les objets qui sortaient de ses mains ; sa technique s’améliorant, il produisait plus vite et en plus grande quantité, donc il gagnait davantage.

Certains vanniers ne fabriquaient que des vanneries « en plein », c’est-à-dire des vanneries au tressage serré. Parmi eux, les mandeliers ne produisaient que des objets de forme ronde ou ovale : mannes (d’où leur dénomination de mandeliers), corbeilles, couffins. D’autres ne réalisaient que des objets carrés ou rectangulaires : malles de voyage, paniers et huches à pain, paniers à linge.

Les faissiers étaient spécialisés dans la vannerie ajourée : cages à oiseaux, berceaux, clayettes, nasses.

La vannerie fine était plutôt dévolue aux femmes. Il s’agit souvent d’objets plus petits : paniers de pêche, corbeilles à pain, corbeilles à fruits. Cette vannerie était tressée sur des formes en bois en trois parties. A la fin de l’ouvrage, on ôtait la forme en bois en enlevant d’abord la partie centrale.

Le métier se transmettait souvent de père en fils. L’apprentissage durait quatre ans. Toutefois cette formation traditionnelle avait l’inconvénient de ne former que des vanniers « spécialisés ». Pour faire progresser le métier, une école fut créée au début du XXesiècle à Fayt-Billot. Cet enseignement permettait au futur vannier d’apprendre différentes techniques et de devenir polyvalent.

 

Évolution de l’objet en osier

Dans sa longue vie, l’objet en osier a évolué. Cette évolution est aussi celle du vannier qui, tant bien que mal, s’est adapté aux évènements, au progrès et aux changements de la société.

Pendant très longtemps, jusqu’au milieu du XIXesiècle, la vannerie était destinée au monde rural, que ce soit pour emballer et transporter des marchandises ou pour un usage plus domestique, plus ménager. La vannerie fine, quant à elle, était principalement utilisée par les commerçants (charcutiers, boulangers, confiseurs,…).

La fin du XIXesiècle marquera une évolution importante jusqu’à la première guerre mondiale. La croissance industrielle, la mécanisation agricole, le développement du chemin de fer auront un double effet : la diminution des besoins en vannerie traditionnelle du monde rural et la naissance de nouveaux débouchés. L’industrie a de plus en plus besoin d’emballages. Le développement des transports ferroviaires génère une demande croissante en paniers de manutention. Jusqu’à une époque récente, ces paniers étaient d’ailleurs consignés. C’est la fin de cette consigne qui les a rendus trop onéreux.

La seconde moitié du XXesiècle a vu s’accélérer le déclin de la vannerie. Progressivement, c’est d’abord le carton qui a remplacé l’osier dans les emballages. Puis, comme dans beaucoup d’autres secteurs, les matières plastiques se sont imposées.

Il convient d’ajouter que les importations de vanneries étrangères, moins chères, ont aggravé la situation des vanniers français.

La vannerie française était au premier rang européen en 1880. Au début du XXesiècle, elle n’était plus qu’au cinquième rang. La superficie des oseraies reflète d’ailleurs ce déclin. En 1970, il n’en restait plus que neuf cents hectares, soit environ le dixième de la superficie de 1914.

Aujourd’hui, pour vivre de son métier, le vannier doit être polyvalent, innovant, ajouter l’agréable à la fonction utilitaire de la vannerie traditionnelle, suivre, voire anticiper, la mode.

 

Evolution du nombre de vanniers en France

1890

25000

1966

3600

1993

400

 

Un ancêtre vannier

Si vos ancêtres ont vécu dans l’un de ces départements, ils ont plus de chance d’avoir été vanniers. Voici, de façon non exhaustive, un classement des départements vanniers de France au début du XXesiècle.

L’AISNE : C’est le premier département vannier, avec notamment Origny-sur-Thiérache, capitale européenne de la vannerie. Plus de  quatre mille vanniers y travaillaient.

LES ARDENNES : A Vouziers, Rethel, Mézières, ce sont plusieurs milliers de vanniers qui fournissaient l’agriculture et la viticulture champenoise.

LA HAUTE MARNE : Impossible de ne pas citer Fayl-Billot où près de mille vanniers travaillaient à cette époque. Ils fournissaient notamment les Halles de Paris. C’est également dans cette commune que se trouve aujourd’hui la seule école de vannerie française (Il n’en reste plus que trois en Europe).

LA MEUSE : On y trouvait alors plus de quatre cents vanniers, qui étaient d’ailleurs souvent des vannières. L’essentiel de la production était de la vannerie fine à destination des fleuristes, des confiseurs, etc.

LA MANCHE : Rémilly-sur-Lozon et sa région occupaient deux cents vanniers qui fournissaient surtout l’industrie laitière : casiers à fromage, paniers à beurre, etc.

L’INDRE ET LOIRE : Villaines-les-Rochers est la principale commune vannière. La production s’oriente vers les emballages pour les fruits, ainsi que les emballages à huîtres à destination des Charentes.

LA SOMME : Le Boisle reste encore aujourd’hui une région osiéricole. On y fabriquait des mannes pour les pommes de terre, ainsi que des paniers pour la récolte des pommes en Normandie.

ET LES AUTRES : On pourrait encore citer beaucoup d’autres lieux. Parfois on y travaillait d’autres matières que l’osier : le coudrier, le troène, le noisetier et même la paille tressée. Chaque région adaptait sa production aux besoins locaux. A l’ouest, les paniers pour la pêche, dans les régions viticoles, les emballages des bonbonnes et dans le nord, les paniers pour l’agriculture ou les filatures. Les applications de la vannerie n’avaient de limites que l’imagination du vannier.


Vannier aujourd’hui

  • Abandonnant à trente-cinq ans son métier de publiciste, Pascal HARBONNIER s’est lancé dans la vannerie. Il exerce son art près d’Origny-en-Thiérache. Il a fait de la créativité son leitmotiv : « J’essaye de jouer sur les formes nouvelles ou asymétriques et les couleurs pour proposer des vanneries originales. ».
  • Philippe DEOM exerce sa passion de la vannerie près de Villeneuve d’Aveyron. Il s’est surtout orienté vers le travail sur commande. Donnez-lui une idée, un dessin, et il réalisera l’objet en osier. « Et c’est chaque fois le bonheur et l’étonnement de voir, dans mes mains, prendre forme un objet simple, utile et harmonieux. ».


Vannerie inattendue

La légèreté de l’osier (et la solidité de l’objet tressé) le désigne presque naturellement pour certains usages insolites pour lesquels il n’a pas encore trouvé de remplaçant. En voici un exemple :

Les géants font partie de la vie du Nord de la France. Il en existe plusieurs centaines, chaque village a le sien et un vrai géant ne se conçoit que porté (parfois par  six à sept porteurs). Son ossature en osier apporte un peu de légèreté à l’ensemble qui pèse tout de même jusqu’à plusieurs centaines de kilos.

Les autres noms du vannier

  • Mandelier ou mandrier : fabricant de mandes (ancien nom de la manne).
  • Faissier ou faisselier : fabricant de vanneries ajourées (faisselle = égouttoir à fromage).
  • Vanetier ou vannier : fabricant de vans.
  • Hottier : fabricant de hottes.
  • Corbeillier : fabricant de corbeilles.
  • Corbillonier : fabricant de corbillons (petites corbeilles)
  • Panetier ou panelier : fabricant de paniers

 

Glossaire

 

Van : Large panier plat qui servait à séparer le grain des déchets de paille de la récolte.

Manne : appelée aussi mande au Moyen-Age : grand panier. On trouve aussi l’appellation d’origine gauloise : banne.

Faisselle : Récipient percé de trous pour égoutter le fromage. Vient du latin fiscella, diminutif de fiscus : corbeille

Eclisse : Eclat de bois. En vannerie : tige fendue dans le sens de la longueur.

Corbeille : Panier léger. Vient du latin corbis.

Corbillon : petite corbeille rendue célèbre par le jeu du même nom (« Dans mon corbillon, qu’y met-on ? »).

Panier : Récipient de vannerie servant à transporter (des marchandises ou des animaux). Dénominations dérivées : hotte, cabas (Provence), bourriche, panière. Vient du latin panarium : corbeille à pain.

Nacelle : (1850) Panier fixé sous un aérostat. A l’origine : petit navire.

 

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Bonjour, J'étais à la

Bonjour, 

J'étais à la recherche d'informations sur les vanniers lors de recherches généalogiques lorsque je suis tombée sur cette mine d'or (ou d'osier) dont vous êtes l'auteur. Un grand merci car je connais mieux maintenant le métier de mes arrières grands-parents qui étaient vanniers à Vaux-les-Palameix dans la Meuse. 

A l'occasion d'une cousinade, je montrerai votre texte (si vous me le permettez) à tous les descendants des familles JAQUIN- PiCQUARD- ORY- MANGIN.

Très cordialement,

Bernadette Miner

 
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